#Confinés : Que sait-on sur « le jour d’après » ?

« Le 11 mai prochain, (…) sera donc le début d’une nouvelle étape », a annoncé Emmanuel Macron dans son discours de lundi dernier. Ça y est, le déconfinement s’inscrit concrètement dans notre agenda. Nous avons enfin un peu plus de visibilité. Au mois de mai, la vie reprendra. Lentement, mais sûrement. Nous ne sommes pas devin, mais ce que nous savons déjà c’est que la vie, telle qu’on la connaît, aura changé. Du moins pour un temps. Jusqu’à mi-juillet il n’y aura plus de restaurant, plus de lieu de rassemblement. Ce changement-là est provisoire, mais il signifie beaucoup pour nous qui sommes attachés à la convivialité. Certains changements s’annoncent déjà : frontières fermées, « chaque Français devra se procurer un masque grand public », « nous aurons plusieurs mois à vivre avec le virus ». Bref, rien de très réjouissant…

Heureusement, d’autres perspectives se profilent à l’horizon. Plus profondes et sans doute plus séduisantes. C’est sur celles-là que nous avons souhaité nous concentrer. Parce que, comme vous, nous ne savons rien du « jour d’après », nous avons enquêté. BRÂAM a passé en revue les articles qui ont traité de ce sujet, les études sur le futur et la consultation numérique mise en place par le collectif #LeJourd’Après. Verdict ? Il n’y aura ni révolution verte, ni transformation du monde du travail. Mais notre rapport à la nature et au travail sera probablement changé.

Le « jour d’après », un autre rapport à la nature ?

« Nous sommes à un moment de vérité qui impose plus d’ambition, plus d’audace, un moment de refondation », a déclaré le Président ce lundi. Prenons-le au mot, soyons audacieux ! Rêvons d’un monde où l’homme vivra pleinement en harmonie avec la nature…

  • Le retour à une production locale

Nous l’avons déjà noté, le vent de la délocalisation est en train de tourner. Avant la crise, nous avions ressenti les prémices d’un retour au local, aux produits régionaux et au saisonnier. Cette crise n’a fait que révéler davantage les fragilités de notre système. Dès son premier discours, le 13 mars, le Président l’a relevé : « il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour (…). Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle ». « Il nous faudra rebâtir une indépendance agricole », a-t-il encore ajouté dans son discours lundi dernier. Les rayons de nos supermarchés en temps de crise témoignent de notre dépendance alimentaire. Déjà, les marchés et producteurs locaux sont appelés en renfort : œufs, légumes, fruits. On peut donc espérer que le jour d’après sera marqué par un retour à une économie plus locale et durable. Et ça, chez BRÂAM, on le prend comme une très bonne nouvelle !

  • La recherche d’une autonomie alimentaire

Un an avant le confinement, le forum Vies Mobiles de la SNCF commandait à l’Institut Momentum, laboratoire d’idées spécialiste dans la transition vers un monde décroissant, une étude intitulée « Biorégions 2050, l’Île de France après l’effondrement ». Concentrée sur l’Île de France, cette étude met en valeurs la dépendance alimentaire de nos villes, en particulier Paris. Une ville comme Paris disposerait, selon ce rapport, d’une autonomie alimentaire de 2%. C’est à dire que 2% de ce qui y est consommé provient de terres locales en Île de France. Paris n’aurait ainsi pas plus de 3 jours de réserves alimentaires pour nourrir ses habitants en cas d’interruption totale des flux d’approvisionnement. Nous n’en sommes pas là, et fort heureusement ! Mais le jour d’après devra en tenir compte. Ce que préconise cette étude ? La mise en place de « biorégions » : des territoires qui seraient délimités par des frontières géographiques formant un « territoire de subsistance ». Des régions autosuffisantes où l’alimentation reprendrait place dans la ville.

  • La fuite des citadins vers la campagne

Ce même rapport, expliqué par une vidéo Konbini, prévoit encore une véritable révolution démographique. Dans le scénario de 2050 imaginé par l’Institut Momentum, la population d’Île de France serait réduite par deux. Le territoire urbain étant devenu particulièrement vulnérable, on assisterait à un repeuplement massif des territoires ruraux. Températures extrêmes, dépendance alimentaire, risque d’épidémies accrues, sont ainsi évoqués comme des facteurs qui nous motiveraient à nous excentrer. Selon cette étude, « les familles les plus aisées seront ainsi les premières à chercher un meilleur cadre de vie ». Une théorie qui viendrait renforcer le phénomène des néo-ruraux que l’on percevait déjà avant la pandémie. Vision utopique du jour d’après ? Peut-être, la réalité c’est que nous n’en savons pas plus que vous ! Mais une chose est sûre, notre société revendique un besoin grandissant de se rapprocher de la nature. Une nature qui nous manque particulièrement en cette période de confinement ! 

  • Les écosystèmes plus protégés

Le génome du coronavirus correspondrait à 96% à une souche que l’on retrouve chez la chauve-souris et à 92,4% aux souches du pangolin. Peu importe son origine exacte, les chercheurs sont formels : c’est en interférent avec les milieux naturels de ces espèces sauvages que l’homme se met en contact d’agents pathogènes contre lequel il n’est pas préparé. Ébola, le SRAS, le H1N1 sont autant de maladies infectieuses ou parasitaires transmises à l’homme par l’animal. Ce sont des zoonoses. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé elles sont responsables de 65% des maladies infectieuses chez l’homme et de 56% des épidémies référencées entre 1980 et 2013. Les vecteurs d’infection identifiés par ces chercheurs, tels que la capture de la faune sauvage et la destruction des milieux naturels, nous interrogent sur notre façon d’interagir avec notre environnement. Le jour d’après sera donc, on l’espère, celui d’une société plus protectrice de la nature…

 

Le « jour d’après », un autre rapport au travail ?

  • L’acceptation définitive du télétravail

Confinés, nous avons été plus de 8 millions de français à être en mesure de télétravailler. Ceci, alors qu’une majorité d’entre nous étaient des primo-télétravailleurs. Interrogés par le web média Usbek & Rica, Laetitia Vitaud, auteur du libre Du Labeur à l’ouvrage, et Nathanaël Mathieu, fondateur de Néo-nomade, sont univoque : « on ne reviendra pas en arrière ». La vie commune en entreprise n’est pas morte, il y aura toujours des espaces partagés, des lieux de convivialité, des bureaux et des réunions. Mais, nous avons pris conscience que beaucoup d’entre nous sont éligibles au télétravail. Nous avons aussi découvert que le télétravail n’était pas compatible avec tous les métiers. Finalement, confie Laetitia Vitaud au média Usbek & Rica, « le télétravail et le confinement ne concernent qu’une petite partie des travailleurs : les classes urbaines, créatives, les cadres dont le boulot est de travailler derrière un ordinateur toute la journée ». Mais pour les autres, c’est sûr le jour d’après sera en partie télétravaillé.

  • L’équilibre pro/perso retrouvé

Nous avons travaillé à domicile. Avec tout ce que cela implique. Brutalement, les limites de la vie professionnelle et personnelle sont devenues poreuses. Nos deux vies, jusqu’ici cloisonnées ont soudain fusionné. Cette parenthèse nous a permis de prendre du recul sur notre vie et de percevoir l’équilibre (ou l’absence d’équilibre) qu’on s’est construit. Avec le confinement, nous avons vécu « le moment de vérité », comme l’a si justement écrit l’auteur italienne Cristina Comencini dans une lettre ouverte au journal Libération. « Nous avons en face de nous la vie que nous nous sommes choisie, ou que le sort nous a donnée, notre « foyer ». (…) Nous sommes en train de vivre de façon différente des moments de notre vie de toujours, et elle nous paraît nouvelle parce qu’elle est la même mais renversée : les objets, les personnes sont devenus visibles, et l’habitude s’est dissipée », décrit-elle encore. Cette parenthèse de vie, a très certainement bouleversé notre regard sur notre emploi et notre rapport au travail. Et si le jour d’après était plus équilibré ?

  • Les horaires de travail dépassés

Notre rapport au temps est bouleversé et, par ricochet, notre rapport au travail l’est nécessairement. Depuis que nous sommes confinés, nous avons l’impression que le temps s’est arrêté. Le temps est long, étiré. C’est sans doute parce que notre emploi du temps est moins rythmé. Au travail, votre journée est ponctuée de pauses, de moments conviviaux avec vos collègues, de discussion, de réunions. En open-space un employé est interrompu en moyenne 150 fois par jour. Avec toutes ces pauses, vos horaires 9h-19h, vous sont alors bien plus supportables. En télétravail, au contraire, votre concentration est amplifiée et votre travail plus intense. Ces horaires sont nécessairement dépassés. Selon une étude réalisée par Obergo, 57% des télétravailleurs interrogés feraient de plus longs horaires lorsqu’ils travaillent à distance. Le Medef avait d’ailleurs tenté d’ouvrir le débat sur l’allongement du temps de travail post-confinement. Confronté à l’hostilité des syndicats le sujet a été rapidement évincé. Mais, « il faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire », a déclaré Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. Le jour d’après sera alors probablement plus long, qui l’eût cru ?  !

  • La mort des « bullshit jobs »  

Le confinement nous met encore face à une réalité. Les fonctions vitales de notre société : médecins, infirmiers, employés des pompes funèbres, caissières, éboueurs…etc., sont occupées par des personnes qui ne peuvent pas télétravailler. Pour reprendre l’expression de David Graeber, ce sont ceux qui exercent un « bullshit job » qui télétravaillent. Nous avons certainement dû nous poser chacun la question : est-ce que mon travail est nécessaire actuellement ? Ou encore, est-ce utile de me rendre au travail dans ces conditions ? Dans une société en quête de sens au travail, la crise est tombée comme un couperet. Sur cette question, l’Institut Momentum a une fois encore son opinion. Dans son scénario « Biorégions 2050, l’Île de France après l’effondrement », l’Institut prévoit que l’alimentation remplacera la quasi-totalité des employés dans le secteur des services marchand. Selon cette étude, « il faut passer de 10 000 emplois agricoles en 2017 en Île de France à environ 1 million et demi en 2050 ». Travail manuel et au grand air, demain ? Sans doute pas. Mais, assurément il faudra se retrousser les manches le jour d’après…

 

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