Psychologie sociale au travail : 5 expériences à méditer

Et si vous étiez manipulé(e) ? Sans vous en rendre compte, vos choix ou vos comportements sont constamment sous influence. Incité par votre manager, inspiré par vos collègues, influencé par les valeurs de la société, vous n’en avez peut-être pas conscience mais le comportement des autres peut avoir quelques répercussions sur vous…

Vous avez certainement entendu parler de ce fameux « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens ». Vendu à plus trois cent mille exemplaires, ce best-seller en matière de psychologie sociale vise à vous rendre plus attentifs à aux mécanismes d’influence – positive ou négative – qui vous entourent. La psychologie sociale, c’est l’étude des pensées, émotions et comportements des gens influencés par la présence réelle, imaginaire ou implicite d’autres personnes, de normes ou de représentations sociales. Pour mieux comprendre son utilité, notamment au travail, voici 5 expériences de psychologie sociale concrètes qui devraient vous donner matière à réflexion…

1. L’espace vital minimum : l’expérience des cerfs de race Sika

Ce n’est pas BRÂAM qui dira le contraire, la Nature est un bon guide pour nous éclairer sur le fonctionnement de notre société. C’est en s’inspirant du comportement des cerfs de race Sika qu’Edward Hall, un éminent professeur d’éthologie, a élaboré la notion de “proxémie“. En 1916, 5 cerfs ont été introduits sur l’île Saint-James d’une superficie de 70 hectares. La reproduction libre du troupeau a permis d’atteindre en 1958 un nombre de 300 cerfs, soit la présence d’un demi cerf par hectare. Surpris, le professeur Hall observe que la moitié du troupeau n’a pas survécu. Après analyse, il s’aperçoit que leur déclin n’est dû ni à famine, ni à la maladie mais uniquement au « stress de surpopulation ». Moralité ? L’animal, tout comme l’Homme, ne peut vivre que s’il dispose de son espace vital minimal, lequel dépend de la perception sensorielle de son environnement. Pour s’épanouir, il est donc nécessaire d’être dans un espace dans lequel on se sent en sécurité et suffisamment vaste.

2. L’effet « coup de pouce » : le Nudge

Comment garder les toilettes de l’entreprise propres ? Comment inciter vos collègues à jeter leur mégot au bon endroit ? Comment favoriser le sport, le sourire ou encore le savoir vivre en entreprise ? Un seul mot : le Nudge.

Théorisé par Richard Thaler, économiste à l’Université de Chicago et professeur de Droit à l’Université d’Harvard, le Nudge est une technique de choix non coercitif issue du design industriel et de l’économie comportementale. Le Nudge, explique-t-il, « est un aspect de l’architecture du choix qui modifie le comportement des gens d’une manière prévisible sans leur interdire aucune option ou modifier de manière significative leurs motivations. Pour ressembler à un simple « coup de pouce », l’intervention doit être simple et facile à esquiver ». En bref, le Nudge incite mais, ne force pas. Les illustrations du Nudge sont nombreuses. Il y a bien-sûr la célèbre mouche peinte dans l’urinoir qui incite celui qui l’utilise à bien viser… Cette seule mouche aurait permis de diminuer de 80% le temps et les frais de nettoyage des toilettes publics de l’aéroport d’Amsterdam ! Il y a aussi les poubelles qui parlent pour inciter à jeter ses déchets au bon endroit, les marches d’escaliers transformées en touches de piano pour inciter à les emprunter plutôt que les escalators, les cendriers sondages  vous proposant de voter à l’aide de votre mégot. Ces subterfuges ludiques, mais diablement rusés, vous invitent à accomplir un comportement que vous auriez rechigné à exécuter… Fun, mais surtout bougrement intelligent !

3. La conformité au travail : l’expérience de Asch

Vous l’aurez peut-être remarqué, en groupe vos comportements peuvent changer… C’est l’expérience de psychologie sociale qu’a menée le psychologue Solomon Asch démontrant le pouvoir du conformisme sur les décisions d’un individu au sein d’un groupe. Pour la réaliser, Asch a invité un groupe d’étudiants (entre 7 et 9) de 17 à 25 ans à participer à un prétendu test de vision. Tous les participants étaient complices de l’expérimentateur, sauf un. Le test était très simple : figurent sur une image projetée au groupe trois lignes de tailles distinctes A, B et C et une ligne modèle. Chacun devant dire laquelle de ces 3 lignes était égale à la ligne modèle. Alors que la réponse était évidente aux yeux de tous, les complices avaient pour consigne de donner la même réponse erronée. L’expérience révèle que dans 37% des cas, le sujet « naïf », placé en avant dernier, finissait par se conformer aux mauvaises réponses soutenues à l’unanimité par les complices. Retenez de cette expérience de psychologie sociale qu’en groupe, même s’il s’agit de vos collègues les plus bienveillants, la pression des pairs a tendance à influencer le jugement et l’individualité. Parfois, il peut être plus prudent de consulter chacun individuellement.

4. La soumission à l’autorité : l’expérience de Stanley Milgram

C’est sans doute l’expérience de psychologie sociale la plus célèbre. Elle aurait été conçue pour comprendre ce qui a rendu possible le système inhumain des camps de concentration. Au travers de cette expérience, le psychologue Stanley Milgram s’intéresse à « la soumission à l’autorité ». Pour la réaliser, il crée un faux générateur de choc électrique avec 30 positions allant du choc « modéré » à celui « mortel ». Officiellement, cette expérience était présentée au cobaye comme l’étude scientifique de l’efficacité de la punition (par des décharges électriques) sur la mémorisation. Le sujet est placé au contrôle de ce générateur électrique et teste la mémoire d’un élève (complice). Lorsque l’élève complice se trompe, le scientifique habillé d’une blouse blanche (également complice) demande au sujet de lui envoyer une décharge électrique. Les réactions au choc sont alors simulées par l’élève. Si un sujet exprime le désir d’arrêter l’expérience, le médecin lui intime l’ordre de continuer. Cette sinistre expérience révèle que 62,5 % (25 sur 40) des sujets ont mené l’expérience à terme en administrant à trois reprises les prétendus électrochocs mortels. Stanley Milgram démontra ainsi que tout individu peut commettre les pires atrocités quand l’autorité qui les lui ordonne est considérée comme légitime. Voilà qui vous fera réfléchir à deux fois avant d’exécuter un ordre qui vous semble injuste…

5. Comportements agressifs : les leçons de la poupée « Bobo »

Conduite par le psychologue Albert Bandura en 1961, l’expérience de la poupée bobo teste la théorie de l’apprentissage par l’observation. L’expérience consistait à montrer à des enfants une scène où des adultes se comportaient de manière agressive envers une poupée, puis à observer si les enfants imitaient spontanément ces comportements lorsqu’eux-mêmes étaient en présence de cette poupée. Pour y procéder, le psychologue sélectionna 36 garçons et 36 filles de 3 à 6 ans de l’école maternelle de l’Université Stanford. Les 72 enfants furent divisés en 2 groupes : l’un soumis au scénario du modèle agressif, le second au non agressif. Après avoir vu la scène, chaque enfant était placé individuellement dans une salle de jeux contenant des jouets agressifs (poupée Bobo, un maillet, des fusils à fléchettes…) et des jouets non agressifs (un service de thé, du papier et des crayons, une balle). Résultat ? Les enfants exposés au modèle adulte agressif étaient plus enclins aux gestes agressifs physiques que les autres. Bien qu’elle ait été réalisée sur des enfants, cette expérience montre qu’un comportement agressif est souvent reproduit lorsqu’il est observé sur une personne ayant autorité (ici l’adulte). De quoi inciter les managers à redoubler de prudence…

Il existe bien d’autres expériences de psychologie sociales utiles pour mieux vivre au travail. Mieux se connaître et comprendre les autres est essentiel pour une vie en communauté dans l’entreprise!

 

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